Dominicains

du frère Elie-Pascal Epinoux, op (†)

« Dominique, à ce nom chacun d’entre nous associe, dans son coeur ou dans sa tête une image : images qui peuvent être très diverses et variées selon nos livres de piété ou nos livres d’histoire, selon nos sensibilités ou nos états de vie. On ne fera pas un tour exhaustif de toutes ces images, car il est difficile d’enfermer dans les contours trop figés et précis cet homme toujours en mouvement, jusque dans la prière. Il s’agit simplement ici de raviver les couleurs de cette image et l’impression qu’elle peut produire en nous.

Une silhouette donc se découpe sur le chemin, un homme se découpe dans la lumière, qu’elle soit de Castille, du Lauragais ou de Lombardie, un homme se découpe en noir et blanc : blanc, l’habit de chanoine régulier de St Augustin, de celui qu’on appelait « seigneur Dominique », chanoine de la cathédrale d’Osma, noir, le manteau de voyage qui ne quitte plus les épaules de celui qu’on appelle désormais « frère Dominique », prédicateur mendiant de l’Evangile.

Blanc cet homme qui n’a rien abandonné de son idéal régulier de prière et de méditation de l’Ecriture et qui, dans la cohue des routes et des villes du XIIIe siècle, reste fermement établi en Dieu; noir cet homme dévoré du désir d’annoncer l’Evangile à tous les hommes, à pieds et mains nus, et qui dans le silence du cloître conventuel, reste en route vers tous les pécheurs de la terre.

Dominique est un homme en noir et blanc : noir comme le creux de la nuit, blanc comme le plein du jour. Dominique, un homme de nuit et de jour, de nuit – la solitude, la compassion, les larmes – de jour – la multitude, la gaieté, le sourire – ; et Jourdain de Saxe d’écrire « il consacrait la nuit à Dieu et le jour au prochain ». La nuit à Dieu ? Oui, mais pour les hommes : à prier pour eux, à crier pour eux, à pleurer pour eux, portant toutes leurs misères dans la Miséricorde du Dieu-Crucifié. Le jour au prochain ? Certes, mais pour Dieu : à L’annoncer, à Le louer, à témoigner de Lui, portant sa Miséricorde dans toutes les situations de misères des hommes pécheurs.

Admirable dialogue des nuits et des jours de Dominique réalisant l’unique et double commandement d’amour du Seigneur, qui est toute la Loi et les Prophètes. Admirable dialogue des nuits et des jours de Dominique où nous voyons se dessiner le mystère qui unifie sa vie, le coeur de son être : la rencontre, l’union de la Miséricorde de Dieu et de la misère des hommes, union qui éclate dans la Croix de Jésus : croix qui manifeste en plénitude la Vérité du Dieu qui se révèle et se donne à connaître ; croix qui déploie à l’infini l’Amour de Dieu Sauveur faisant toute chose nouvelle et recréant l’homme à son image et ressemblance. Amour et Vérité sans cesse contemplés dans le grand livre de la Croix, Amour et Vérité sans cesse annoncés par tous les moyens à tous les hommes : c’est bien là ce que Dominique transmettra à ses frères, le but de son Ordre. »

 

Devenir Dominicains

s. Dominique par H. Matisse