Le temps du Noviciat

Le noviciat est un temps de probation pour permettre aux novices de connaître plus intimement la vocation religieuse et dominicaine, d’expérimenter le mode de vie de l’Ordre, d’avoir l’esprit et le cœur formés selon l’idéal dominicain et par là même de permettre aux frères de juger de leur intention et de leur aptitude.

Livre des Constitutions, n° 177.

Le noviciat est une étape déterminante. Il peut se comparer au temps des fiançailles, car il ne comporte aucun engagement définitif. Le novice, comme la province, peut à tout moment, comme il est expressément déclaré dès le début, reprendre sa liberté (LCO 183, § 1). Le novice doit apprécier le temps du noviciat, comme le fiancé le temps des fiançailles, même si l’un et l’autre aspirent à autre chose. Il ne faut pas lésiner sur les fondations de la maison, ni sur le temps nécessaire pour les poser sur le roc. 

Le noviciat est confié à un père maitre des novices. Il dure un an complet. Il se déroule dans un couvent. Le père maître a la charge de la formation. Mais c’est le chapitre du couvent, qui au terme du noviciat, votera pour l’admission à la première profession. Ainsi y a-t-il un jeu subtil à quatre partenaires : le novice (et le groupe des novices – qui n’est pas sans influence), le père maître, le couvent de noviciat et le prieur provincial.

La charge propre du père maître est de discerner la vocation des novices et de les former à la vie de l’Ordre selon ce qui est porté dans nos lois et dans la charte de formation pour qu’ils progressent dans leur vocation avec intention droite et volonté ferme. 

Livre des constitutions, n° 186, § 1.

Le père maître tient une place importante dans la province. C’est lui qui connaît les jeunes postulants et les accueille, au noviciat, inauguré par la « prise d’habit ». C’est lui qui est chargé de former les novices à la vie dominicaine. Il dispose d’un an (ou plus, en cas de prolongement). Durée courte, mais décisive, suffisante car intense.

Le père maître transmet ce qu’il a lui-même reçu. Instructions communes et entretiens personnels s’allient avec ce partage de mémoire si indispensable au stade de l’enfance. Et c’est bien d’une enfance qu’il s’agit, une enfance qu’il ne faut pas manquer, dont il ne faut pas faire l’économie. Le Seigneur ne demande-t-il pas à ses disciples de devenir comme des enfants, s’ils veulent accéder au Royaume des cieux ? Devenir un enfant est un rude labeur qui demande écoute, humilité et obéissance.

La formation du novice, en plus du rôle important du père maitre, s’appuie sur une communauté conventuelle dont il doit pouvoir dire : « Voyez ce que les frères vivent ! Faites de même ! » Le noviciat n’est jamais confié à un homme seul, qui tiendrait toutes les clefs de la situation. Sa présence dans un couvent doit permettre une osmose, de façon à ce que les novices s’intègrent dans les différentes composantes de l’ordre, et les intègrent. Le Seigneur les ayant appelés, ils y sont normalement prédisposés et entrent facilement dans le jeu.

En lisant la Bible dans son intégralité, le novice commence à se laisser pétrir par cette Révélation qui passe par une (et des) histoire(s), par un message prophétique et surtout par une écriture qui a gardé la force et la vitalité d’une parole. Le novice en lisant la Bible ne fait pas que celui qu’il doit parfaitement maîtriser et dont il devra rendre compte tous les jours de sa vie…

Et dans la tradition monastique reprise par saint Dominique, on incite le novice qui le peut à apprendre par cœur un livre du Nouveau Testament. Cet investissement restera pour lui comme un trésor précieux dans lequel le futur religieux viendra puiser toujours avec profit, tant pour sa prière, que pour sa prédication. Il entre ainsi dans cette contemplation de la Parole de Dieu qui est la raison d’être de l’ordre des prêcheurs. Il acquiert la base sur laquelle est déjà fondée toute sa vie. Ce n’est pas un « moyen » comme si la Bible était un outil à utiliser pour la prédication. Il entre en contact avec cette Parole de Dieu qui, passant par lui, sera livrée aux hommes comme Parole de Dieu. Cette première étape sera enfouie par la suite sous une masse d’autres acquisitions. Mais elle est indispensable. II serait bien imprudent de s’en dispenser.

La théologie de la vie religieuse qu’il étudie au noviciat va permettre au novice d’y voir plus clair dans le choix qu’il veut faire. Il va s’engager par vœu à mener une vie bien particulière. Il ne peut la connaître à l’avance, pas plus qu’il n’est possible pour quiconque de savoir à l’avance s’il sera un bon père de famille. Cela ne peut s’expérimenter par simulation. Du moins le novice doit-il savoir dans quoi et à quoi il s’engage. Une réflexion comparée sur les divers états de vie consacrée dans l’Eglise est indispensable dès le départ pour ne pas véhiculer toute sa vie des aigreurs, des regrets ou des équivoques dont parfois on ne se relève pas. Autre la vie du prêtre séculier attaché à son diocèse et inscrit dans le presbyterium de l’évêque, autre la vie religieuse active à qui sont assignées des œuvres de charité, autre la vie religieuse contemplative qui a pour vocation Yopus Dei sans visée ad extra. Autre la vie qui mixe les deux, pour qui la contemplation est le terreau de sa prédication. Et dans cette forme-là, il y a une infinie variété de congrégations, sociétés et instituts. Il est important d’avoir des idées claires et justes. Ne serait-ce que pour susciter un accord unanime entre les générations ! La confusion n’est pas faite pour susciter les vocations. Les déclarations trop générales ne clarifient pas les choses. Il y a longtemps que l’on sait qu’il faut distinguer pour unir.

Le noviciat doit enfin permettre à chaque jeune religieux de comprendre l’esprit des Constitutions, comme d’en connaître les mécanismes et la lettre. D’abord parce que dans la formule de vœux, le profès promet obéissance « selon la Règle de saint Augustin et les Constitutions des frères prêcheurs » (LCO 199). Puis, dans le système très participatif qui caractérise cet ordre (les décisions dépendent d’un vote communautaire), il est requis de connaître les lois qui règlent la vie.  Dès le départ, les novices apprennent où réside la source de leur liberté et de celle de leurs frères.

Cela dit, la Règle et les Constitutions ne sont pas que des textes de lois. Elles contiennent toute une réflexion spirituelle et définissent l’esprit religieux de l’ordre des prêcheurs. Rien n’est plus important pour définir les liens qui unissent des frères aussi divers que possible, et de plus répartis dans toutes les situations et tous les lieux géographiques.

Le temps du noviciat, en plus de la découverte de la vie conventuelle, est un temps de découverte de la richesse de l’Ordre.

La province de Toulouse bénéficie de la présence sur son territoire des lieux saints de la fondation de l’Ordre : monastère de Prouilhe, Fanjeaux, la maison Seilhan à Toulouse, l’église des Jacobins  avec les reliques de saint Thomas d’Aquin, etc. Plusieurs sessions permettent de se rendre dans ces lieux où l’Ordre des Frères prêcheurs fondé par saint Dominique « fut dès l’origine spécifiquement institué pour la prédication et le salut des âmes » [Constitution fondamentale, § II]

Avant d’envisager de faire profession, les novices se rendent dans les différents couvents de la province au cours de cette année de noviciat. Ainsi chacun, par la rencontre avec les frères d’autres couvents, peut prendre conscience de la diversité de l’apostolat dominicain et de l’unité de la vie fraternelle de l’Ordre.

Les moniales ne sont oubliées. Le noviciat fait de nombreux passages dans les monastères des moniales. Ainsi, les novices peuvent saisir plus profondément la volonté de saint Dominique d’avoir une complémentarité de la participation des moniales au charisme et à la mission de l’Ordre.

Un novice peut librement quitter l’Ordre ou être renvoyé par le supérieur compétent pour une juste cause.

Livre des constitutions, n°183, § 1