La Prise d’habit

Tenez-vous donc debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse, et pour chaussures le Zèle à propager l’Évangile de la paix ; ayez toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu. Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit ; apportez-y une vigilance inlassable et intercédez pour tous les saints.

[Éphésiens 6, 14-18]

Si les novices reçoivent l’habit de l’ordre dès le premier jour, ce n’est pas neutre. Ils sont invités à entrer tout de suite dans la peau d’un religieux qu’ils ne sont pas encore. La mue, comme il est normal, commence par la peau. La peau du visage de Moïse rayonnait de lumière (Ex 34, 29 sq.). Le reste s’en suit, du plus extérieur au plus intérieur, de l’apparent à l’invisible, de l’explicable au plus mystérieux. Le novice doit entrer dans les mœurs des religieux, qui ne sont pas et ne doivent pas être les mœurs du monde. Il y a des coutumes, des traits et une part de folklore, comme dans lout groupe vivant et qui fonctionne bien. Il ne s’agit pas seulement de les connaître, mais de les adopter par ce mimétisme qui marque le premier temps de toute éducation, de toute transmission, de toute « tradition ».

Le novice entre dans l’histoire de l’ordre en prenant l’habit. Son nom figure dans le registre des prises d’habit qui garde la trace de tous ceux qui ont été admis au noviciat, n’y seraient-ils restés qu’un jour. Cette histoire n’est plus pour lui celle des autres, que naguère il regardait avec envie, de l’extérieur, mais son histoire. Et voilà que son histoire s’inscrit dans celle des patriarches fondateurs perdus dans la nuit des temps et pourtant si proches, dans celle de toutes les générations successives dont certaines laissent un souvenir mitigé, dans celle de tous les grands saints qui ont honoré l’ordre et l’Église, et qu’on désire tant imiter, celle aussi de cette Inquisition qu’on ne cesse de reprocher à l’ordre et que le novice se voit contraint d’assumer à la façon d’un péché originel, dans celle aussi de l’histoire récente dont il ne se sent pas forcément solidaire mais dont il doit tirer des enseignements réalistes.